Lettre d'adieu

Avant EXODE, il y eut une lettre. Je l'avais écrite à ceux que je quittais.

8/13/20263 min temps de lecture

L’heure est venue pour moi de lever l’ancre, tel un navigateur guidé par les étoiles, prêt à explorer de nouveaux horizons.

Ce voyage est bien plus qu’une simple destination. C’est une promesse que je me fais à moi-même : celle de me réinventer et d’embrasser de nouvelles opportunités, tout en restant fidèle à ma boussole intérieure.

Vous n’ignorez sans doute pas que ce besoin de changer de cap m’habitait depuis un certain temps. Un appel intérieur, remontant à un passé lointain, me poussait vers une trajectoire, un refuge, symbolisant en quelque sorte un retour à la maison.

Ces années passées parmi vous ont été une aventure humaine intense, ponctuée par quelques rencontres inoubliables et d’autres plus énergivores.

L’une d’elles me tient particulièrement à cœur : celle d’un réfugié tchadien, Hasan. Cet homme solaire, d’une bonté rare, était un guérisseur d’âmes, un fils du sable, dont la sagesse semblait infinie. Pour lui, le mal était une notion incompréhensible. Mais derrière son apparente innocence se dissimulait une résilience hors du commun. Pourtant, las et usé par une procédure interminable, Hasan est venu me voir pour m’annoncer qu’il devait partir, sans savoir où aller.

J’aurais tout donné pour cet homme, car j’avais reconnu en lui bien plus qu’un frère. Mais jamais il n’aurait accepté mon aide, sans doute par pudeur ou par principe. Il était évident que nous nous connaissions depuis très longtemps, car un profond respect mutuel et une complicité indéfectible nous reliaient.

Cette séparation fut comme un déchirement, une énigme silencieuse, et un deuil que je dus porter. Je fis donc le serment de ne plus jamais m’attacher à aucun des visages du monde.

Cependant, plusieurs années après son départ, comme une bouteille jetée à la mer, je pris la décision de lui écrire, car au fond de moi, je ressentais encore sa présence.

Après de longues semaines d’attente, un miracle se produisit : Hasan m’annonça qu’il était en vie et qu’il était retourné au pays, auprès de sa famille, qui comptait désormais trois enfants. Ce jour-là, un poids s’envola de mon être et je pris conscience que les liens d’amitié, qu’ils soient tissés dans cette vie ou une autre, défient le temps et la distance.

Vous aussi, chacun à votre manière, avez marqué mon parcours. Ce centre humanitaire n’a pas été qu’un lieu de travail pour moi, il a été un espace de solidarité, de défis à relever. Ce que nous avons construit ensemble, ces moments d’échanges, de rires et de difficultés, m’ont forgé. Chaque expérience vécue ici a laissé une empreinte, chaque sourire rencontré a enrichi mon chemin.

Peut-être nos routes se croiseront-elles à nouveau, sous une autre forme, dans un projet commun, lors d’une rencontre imprévue au détour d’un autre voyage, ou simplement à travers les échos de nos actions respectives.

Je souhaite à chacun de continuer à œuvrer avec passion et conviction, et de toujours se sentir à sa place. Puissiez-vous conserver cette force intérieure qui vous pousse à ne jamais renoncer, cette flamme qui donne du sens à vos actions. Puissiez-vous faire appel à votre intuition, à votre discernement face aux illusions de ce monde.

Car si l’ombre se nourrit de la peur, si la fausse lumière se nourrit de la lumière, la véritable lumière, quant à elle, se nourrit d’amour.

Et l’amour, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, mais regarder ensemble dans la même direction.

Salut l’équipe.